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Contrefaçons d’Anglais : « les Chavs » ou le retour grotesque des classes dangereuses

jeudi 23 août 2007, par Laurent Sylvie

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La Grande-Bretagne, comme nombre de démocraties occidentales, a entretenu depuis la fin des années 1980 le fantasme de la « société sans classes ». Plus aucun Oliver Twist des temps modernes ne saurait désormais incarner la jeunesse britannique. Ici pourtant, peut-être plus qu’ailleurs, on est resté sceptique sur la pertinence d’un tel retournement du sens de l’histoire, toujours un brin victorienne, de la monarchie. Charles Booth, dont la somme The Life and Labour of the People in London (1882-1902) montrait les pauvres comme des monstres pittoresques, a incontestablement marqué les représentations sociales en Angleterre. L’idée d’une sous-classe dégénérée, vicieuse et spectaculaire qui menacerait le théâtre paisible de la vie bourgeoise tout en fascinant par ses outrances subversives continue, insidieusement, de prévaloir. Le mot underclass renvoie en effet à l’altérité pure et la prose victorienne utilisait alternativement les mots « race » et « classe » pour qualifier l’étrangeté des indigents. Il n’est donc guère surprenant que le pays se penche sur ses pauvres de l’âge moderne en tournant de préférence son regard vers l’Irlande, l’Ecosse ou les faubourgs déliquescents et surannés filmés par Ken Loach. L’arrivée constante de nouveaux immigrants a de surcroît déplacé la focale sur les communautés d’immigrés les plus fragiles, plus en mal d’intégration économique que de reconnaissance civique.

Parallèlement, la pensée multiculturelle a profondément travaillé la perception que la Grande-Bretagne a d’elle-même. Nation cosmopolite, elle a développé une tradition singulière de valorisation des spécificités identitaires postulant qu’aucune culture (nommément, la culture ouest-européenne et chrétienne) n’était le référent moral et social de la Britishness. Lord Bhikhu Parekh, sommité outre-Manche et penseur éclairant du concept de multiculturalisme, pose ainsi, dans son ouvrage Rethinking Multiculturalism, que les voies d’accès à la good life, la « bonne vie » anglaise, sont aussi diverses que les cultures d’origine propres. Partant, les Blancs ne sont qu’un groupe parmi d’autres. Leur culture - certes plus privilégiée que celles des minorités - ne jouirait d’aucune préséance pour définir l’identité britannique. On pourrait caricaturer le propos par un slogan, « pour être britanniques, soyons ethniques ». C’est ce que semble illustrer un phénomène social et médiatique ambigu, celui des « chavs », nouvelles icônes du sous-prolétariat anglais et incarnations inédites du Blanc ethnique. La lecture sociale tragique de l’ère victorienne semble se réincarner en farce contemporaine.

http://www.repid.com/spip.php ?article488

Laurent, Sylvie. - Contrefaçons d’Anglais : « les Chavs » ou le retour grotesque des classes dangereuses. - Vie des idées P 8° 6832 . - (2007-03)n° 20, p. 63-70.


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