mardi 4 décembre 2007, par Galligo Dinah
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IPS-COST Conference
Sciences Po Paris
26-27 octobre 2007
La conférence était organisée pour le lancement de la revue « International Political Sociology ». Participant à la section éponyme de l’International Studies Association, cette revue renouvelle la recherche en relations internationales grâce à l’apport innovant de chercheurs d’Europe, des Etats-Unis, du Canada et d’Australie.
Encourageant une perspective transdisciplinaire dans l’analyse des phénomènes mondiaux, cette initiative voudrait offrir un espace de confrontation aux travaux des chercheurs du monde entier.
En introduction à la conférence, Didier Bigo et R. B. J. Walker (Univesité de Keele, UK et Victoria, Canada ) ont soulevé la question de la définition du concept de mondial (global). Cette notion provenant de la tradition théorique européenne, ne reflète-t-elle pas un certain ethnocentrisme ?
La première table ronde s’est attaquée à l’idée de frontière, qui renvoie aussi bien aux limites d’un territoire (boundaries) qu’à celle d’une légitimité, de lois à transgresser.
C’est ce qui transparaît dans la radicalisation des positions en Occident, selon Ronnie Lipschutz, où les islamistes comme le gouvernement poussent à la transgression. Les attaquent terroristes justifient ainsi la surveillance des individus à travers la violation des données personnelles. Chaque individu devenant un sujet pour les Renseignements Généraux. Les frontières sont ainsi intériorisées à l’individu : on ne sépare plus l’intention de la capacité à agir … George Thomas a approfondi cette notion en s’interrogeant sur la localisation institutionnelle du sacré dans la société mondiale, notamment à travers la théorisation des structures institutionnelles. En passant du niveau intérieur (Durkheim) à celui de l’extérieur (Foucault), ces structures s’externalisent à travers l’histoire. Pour les analyser, on peut utiliser la théorie post-structurale des catégories (ex : l’Etat-nation). Pour examiner l’ »extériorité globale », il faut passer de l’histoire des organisations politiques à l’histoire des civilisations. Même s’ils contiennent des similarités, il existe des contrastes entre le charisme politique et le charisme religieux. L’utilisation des institutions permet de réduire l’aspect moral des catégories, d’où l’utilisation d’imageries culturelles et morales pour gérer cette charge émotionnelle. Le Chaos ne pouvant exister sans ordre, on fait de plus en plus appel à l’état d’exception qui se « routinise ». On voit de plus en plus les droits des citoyens devenir « aliénables » pour assurer le bonheur et la sécurité du reste de la société.
Christophe Jaffrelot s’est penché sur la ‘résilience’ du nationalisme dans le contexte de la mondialisation. Le nationalisme arrive, en effet, à résister dans une situation post-nationale.
Si la mondialisation représente la fin de l’Etat-nation, elle ne signifie pas la fin du nationalisme. Ce dernier ne se définit pas toujours en référence à un territoire. Dans un contexte de diasporas, il existe des nationalismes « dé-territorialisés ». Le nationalisme n’est plus centré sur le territoire ; il peut se manifester ‘à distance’, à partir des sentiments envers les autres (ennemis, menaces). Paradoxalement, la référence au territoire peut subsister (« Terre sainte »). L’allégeance se propage grâce à idéologie active. Exemple de l’idéologie du mouvement Hindurta chez les petits entrepreneurs dans la diaspora indienne. Dans certains cas, la xénophobie peut même remonter de la diaspora à la Mère Patrie, la minorité des migrants subissant plus de discriminations que dans une situation majoritaire.
L’examen des logiques à l’oeuvre dans les oppositions duelles qui se situent au niveau des limites, intérieur/extérieur, national/international, ami/ennemi se retrouve aussi bien dans l’intervention de Rob Walker que dans celle de Barry Hindess . Le premier découvrant dans ces structures complexes un certain dédoublement des pratiques : norme et exception, souveraineté et organisation transnationale. Il en déduit une contradiction fondamentale entre relations internationales et politique mondiale dans le processus de mondialisation. Barry Hindess, en revanche, tente d’identifier les clichés à l’oeuvre dans les discours et les idéologies politiques. Ces clichés nous encouragent à penser les frontières de façon circulaire. Soit celles-ci doivent subsister (nationalisme), soit elles sont amenées à disparaître (mondialisation). Quels sont les enjeux de ce raisonnement ? Se trouve-t-on face à un système auto-régulé ? Les frontières forment-elles des limites comme dans un système biologique ou un écosystème ? Sont-elles formellement déterminées (par ex. entre la France et l’Allemagne) ? Les limites sont à la fois la norme et l’exception. Si la frontière est invisible, nous devons nous poser la question de la transgression pour dépasser les limites.
La discussion qui a suivi a porté essentiellement sur la notion de catégorie, mais aussi sur l’idée de diaspora ou de communauté transnationale.
Face aux catégories sociales, Gary Marx a opposé l’unicité de l’individu, matérialisé par l’ADN. Assiste-t-on à la montée ou au déclin de l’individualisme, qui est souvent le support d’une extrême marchandisation de la société.
En ce qui concerne les catégories traditionnelles, Christophe Jaffrelot a fait remarqué qu’il y a autant dé-catégorisation que re-catégorisation. Et l’individu n’est pas seul à subir la marchandisation, il faut analyser, au niveau transnational, l’économie politique de ces problèmes. Par ex, la cause nationale hindoue ne se réduit pas à la collecte de fonds.
En matière de clichés, certaines catégories ont de l’importance au niveau politique, comme celles qui posent des limites à la violence, qui permettent de légitimer l’autorité, de délimiter la loi. Les frontières sont le résultat de processus et ne sont pas territorialement fixées.
A la réflexion que l’absence de catégories ne créé pas de nouvelles entités individuelles, Gary Marx a opposé l’exemple du phénomène « Facebook » (réseau d’amis sur Internet). Dans un Etat privé non politique, on peut exprimer son caractère unique ….
Une intervenante a aussi soulevé le problème de la frontière du corps dans les relations de pouvoir, sexe/genre et torture.
Le passage du sociologique au politique a aussi été soulevé. Qu’est-ce qui fait arriver le politique ? Comment se définit le rapport entre la sociologie et la politique ?
Deux tables rondes se sont succédé dans la matinée du samedi 27 octobre. La première portait sur la construction sociale des menaces, la seconde était consacrée à la « dé-sécurisation » et à la stratégie de résistance au tout sécuritaire.
Anna Leander et Jef Huysmans se sont interrogés sur la façon dont le social construit l’insécurité. Lorsqu’on décrit une situation d’insécurité, il y a toujours quelque chose d’autre en jeu. Pour comprendre cette situation, il faut introduire la notion de risque. On assiste actuellement à une privatisation de la sécurité avec des pratiques relevant d’instances non-étatiques. En passant du public au privé, on arrive à une militarisation de la société. Cela change la façon de penser et de faire la politique, de plus en plus « orientée sécurité ». Avec l’expansion du champ de la sécurité, la logique du marché tend à s’y appliquer. Il existe aujourd’hui un marché d’expertise en sécurité, aussi bien au niveau national qu’informel (villages africains).
Vivienne Jabri a cherché à penser l’international à partir d’une approche post-coloniale. Pour définir ce qui constitue l’international, il faut se positionner de l’ »autre côté ». Pour fixer les changements de l’international, il faut être en mesure de capter ses « excès ». Et ce, aussi bien au niveau des relations internationales qu’en termes sociaux, économiques ou politiques. En interrogeant la ‘gouvernementalité ‘ de ce niveau, on parvient à ses conséquences, les excès, qui se traduisent souvent par la guerre. Si la guerre représente les excès de l’international, quid de l’intervention humanitaire ? Il faut recentrer la notion d’international comme distincte du politique.
Elspeth Guild est revenue sur la politique européenne de lutte contre le terrorisme à partir de l’exception et des dérogations à l’Etat de droit que cette situation implique. Les mesures antiterroristes européennes dépassent celles qui sont prises au niveau national et international. Cette politique se traduit par trois types d’action : prévention, protection et poursuite.
La prévention a pour objectif la recherche de menaces, comme par exemple celle représentée par la communauté musulmane, allant jusqu’aux enlèvements forcés de personnes pour les faire interroger par les services américains.
La protection, c’est bien sûr la protection de ses populations. Mais en permettant d’agir en dehors de l’Etat de droit, qu’en est-il de son engagement par rapport à ces institutions ?
C’est aussi la protection des frontières et des infrastructures : échanges d’information entre agences de sécurité, enquêtes, etc.
Débat
Ronnie Lipshutz : Qui est protégé :l’Etat, les institutions, la population ? Quand tout le monde est suspect, s’agit-il de risque ou de menaces ? En matière de protection, l’identification n’est-elle pas une sorte d’instrumentalisation, de manipulation ?
Elpeth Guild : l’Etat de droit protège les individus, les nationaux, quant aux étrangers ….
Dans la seconde table ronde, les chercheurs ont abordé une approche critique de la sécurité à travers des pratiques de résistance et d’émancipation.
Cela se traduit pour certains par la mise en place d’un réseau pour une écriture collective comme le réseau CASE qui regroupe un collectif de 28 rédacteurs (doctorants, étudiants, etc.) La résistance part de problématiques théoriques, l’objectif étant de dé-structurer la sécurité, de telle sorte qu’elle soit dé-faite. La résistance consistant à changer les statuts.
Le collectif se penche aussi, à un autre niveau, sur la relation entre théorie et pratique. Actuellement le débat porte sur la linéarité d’un article écrit. Les enjeux : l’autonomie de la recherche universitaire et la pertinence entre le normatif et la vérité.
Critique aussi, l’approche « métapolitique » de l’émancipation d’Ole Weaver. Cette émancipation interviendra lorsqu’on s’appuiera, non pas sur les tendances métaphysiques de la politique, mais sur la pratique politique « telle que nous la faisons ». En déterminant quel genre d’actions peuvent être menées. Il faut préserver la centralité de la politique contre la sécurité et les théories philosophiques.
Mustapha Pasha analyse les conditions de reconstitution de la pratique religieuse (piety) dans les zones culturelles islamiques. Un fossé culturel existe-t-il vraiment entre laïcité et religiosité dans le monde occidental ? La pratique religieuse n’a pas disparu de la vie quotidienne dans l’Europe moderne et n’est pas non plus confinée dans les zones musulmanes. Ce n’est pas l’islam, mais la modernité qui a inventé le fondamentalisme. Si des tensions existent entre sécularisation et religiosité dans la culture européenne, sa radicalisation dans l’islam pose la question des nouvelles formes de résistance culturelles.
La dernière table ronde (session du samedi après-midi, à laquelle je n’ai pas assisté) a porté sur les aspects théoriques de la sociologie politique des relations internationales.
Comment analyser la politique contemporaine à travers la dynamique et les enjeux de ce que l’on identifie généralement comme international ou mondial (du point de vue de ses caractéristiques et de ses objectifs) ? La tradition de l’analyse sociologique et de la théorie sociale ont contribué à analyser les relations internationales. En s’engageant pour une sociologie politique internationale, et plus précisément pour une sociologie politique de ce que recouvre le terme ‘international’, on ne cherche pas à ajouter de la sociologie politique aux relations internationales (ou l’inverse), mais plutôt à renouveler l’étude des pratiques de ce champ, dont font partie, bien sûr, les discours. [Résumé de l’intervention de Didier Bigo, Sciences Po « Political sociology and the problem of the International »]
Dinah Galligo.