Tuesday 19 April 2005, by Guerinet Pierre, Klein Floréal
Depuis une dizaine d’années, nous assistons à l’extension du domaine d’application de la génétique dans les pratiques sociales. Les recherches en génétique humaine d’abord réservées aux maladies dites héréditaires se voient aujourd’hui généralisées à un nombre toujours croissant de maladies courantes (la recherche sur les prédispositions génétiques au diabète, à l’asthme, à l’obésité, la schizophrénie...). De même le fichage policier initialement crée pour enregistrer les profils génétiques des délinquants sexuels est progressivement étendu à l’ensemble des populations criminelles ainsi qu’aux simples suspects et aux victimes.
Cette extension se traduit socialement par une prolifération considérable de banques de données génétiques allant de quelques milliers d’individus à l’intégralité de la population de certains pays. Nous nous proposons dans ce travail d’étudier cette phase actuelle d’alimentation -et d’automatisation- de ces banques dans des domaines apparemment distincts et étanches : les banques à usage scientifique et sanitaire et les fichiers policiers.
Afin d’interroger les logiques sociales qui président à la généralisation de ces techniques de profilage génétique, notre perspective se veut comparatiste et internationale en étudiant avant tout la mobilisation des sociétés qu’implique cette extension contemporaine. N’y a t il pas des logiques similaires dans l’utilisation de l’ADN comme marqueur biomédicale et comme identifiant policier ? Quels sont les dispositifs et les mesures prise pour fabriquer du " consentement " ? Sur quoi se fondent les logiques de résistances ?
Avec la mise en place d’un tel dispositif technique, il s’agit, plus largement, d’interroger les progrès du contrôle social et le renouveau de la référence à l’hérédité, que ce soit dans le domaine de la criminalité ou dans celui de la médecine. Ne s’agirait il pas du retour, dans ces institutions, de la vieille idéologie du déterminisme biologique ?
Projet de recherche entamé conjointement en Septembre 2004 et présenté au CETCOPRA en Novembre par Floréal Klein et Pierre-E. Guerinet.