Norbert Emenegger
CV
Maîtrise de Philosophie politique (1992). Nanterre. Directeur : J.Bidet. Titre : La formation discursive de la volonté générale dans la « Théorie de l’agir communicationnel » de J.Habermas.
DEA de Philosophie politique (1993). Nanterre. Directeur J.Bidet. Titre : Paul Ricoeur, critique du contractualisme contemporain .
DEA de sociologie (2003). Caen. Directeur A.Haesler. Titre : la performativité dans les entretiens réalisés à l’ANPE
Doctorant LASMAS depuis 2004. Sujet de thèse : procédures auto poèïtiques et contrôle.
Conseiller à l’emploi au sein de l’ANPE depuis 1989.
Projet de recherche
Mon projet de recherche porte essentiellement sur les modalités selon lesquelles des salariés voient leur temps de travail consenti à l’entreprise de plus en plus déconnecté de la valeur d’usage de leurs productions. A sa place, selon des modalités sur lesquelles mon travail de recherche porte, viennent se greffer des procédures que j’appelleraient autopoïétiques, c’est-à-dire qui génèrent par elle-même le sens de l’activité sans se coupler à la valeur d’usage résultant d’une production (ceci vaut aussi bien pour des productions de biens que de services).
Je pars d’une hypothèse marxiste. La décision proprement marxiste consiste à considérer tout l’univers de la production à partir de la relation entre la dépense de la force de travail et son résultat. La dépense consentie par le travailleur n’est une activité pourvue de sens que dans le rapport qui s’établit entre cette dépense et un résultat socialement pertinent en terme d’usage. Je précise ainsi que la notion de force de travail ne se comprenant que comme dépense consentie relativement à un sens ne saurait désigner la force en tant qu’elle est physique.
A proprement parler il me semble que l’un des enjeux du capitalisme avancé est de réduire l’impact de la valeur d’usage, et par là, celui de la complémentarité des activités humaines qui se joue en celle-ci. Cette réduction se manifeste dans ce qu’on peut appeler une fonctionnalisation du travail. C’est très précisément dans cette fonctionnalisation que se manifestent ces activités autopoïétiques.
Mon travail s’attache plus particulièrement au déroulement des procédures accompagnant ces activités dans un établissement public de 22000 salariés. Il s’agit de l’ANPE (Agence Nationale Pour l’Emploi) équivalent français des Job Centers britanniques. L’impact, sur le travail des salariés de cet établissement, des procédures de certification en est l’exemple type et joue à un double niveau :
elles contraignent le sujet-agent à un auto contrôle se référant constamment et inconsciemment à leur application
elles découplent le sens de la valeur d’usage et autogérent un sens. Le sens de l’activité n’est pas donné par l’usage qu’en fera le demandeur d’emploi mais par le respect de la procédure.
Qu’il s’agisse de a ou b il est quasiment impossible de donner une forme de détermination quantitative de cet impact des procédures. Dans la mesure en effet où elles impliquent la totalité (un à un) des sujets-agents et ceci à chaque instant il est impossible quantitativement d’en donner une détermination claire. Seule une approche en terme de désappropriation/constitution du sujet lui-même peut se montrer ici pertinente.
L’ensemble de ce travail est suspendu à la thèse du découplage valeur d’usage/valeur autopoïétique conduisant à l’idée que l’entreprise, par cette opération, autant et même avant que d’être le lieu de l’allocation des ressources est sur le point de se montrer telle qu’en elle-même : une structure de contrôle global.
Quelques références bibliographiques :
Slavoj Zizek : il me semble que Zizek reprend, avec une approche marxiste et lacanienne, la thématique d’Adorno selon laquelle le sujet moderne s’assujetti lui-même dans la constitution des objets de son savoir. C’est par une reprise de la question du schématisme transcendantale au sein de la « Critique de la raison pure » de Kant (déduction subjective/déduction objective) que Zizek peut-être appréhendé reprenant à son compte cette proposition d’Adorno : « le sujet... se trouva lui-même emprisonné par elle (i.e la métaphysique occidentale) pour toute éternité dans son ipséïté, en châtiment de sa divination. »
La revue « Actuel Marx » dans sa globalité et « la théorie générale » de J.Bidet (fondateur et directeur de la revue) en particulier : à travers la multitude des auteurs collaborant à cette revue un fil conducteur apparaît. On ne peut, comme le fait la tradition marxiste, référer l’être du social à la sphère productive et renvoyer la sphère marchande à la régulation idéologique.
J.Habermas : globalement pour l’ensemble de son oeuvre épistémologique. Cependant des difficultés majeures sont au coeur de cette oeuvre. L’opposition système/monde vécu empêche une réflexion critique sur la sphère systémique. Par ailleurs, sous l’angle épistémologique, ont peut se demander si le passage d’une philosophie de la conscience à une philosophie du langage ne renvoie pas à une définition quelque peu essentialiste de l’homme comme être de langage. Bien que favorisant une science sociale, puisqu’il serait donc possible de dire l’être de l’homme et de le reconstituer dans un espace public dégagé des contraintes systémiques, il est possible de se demander si, ce faisant, on ne reste pas dans une transparence de l’humain à lui-même, laissant en jachère le côté constitution du sujet désirant.