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Dialogue et valeurs communes : conférence sur le dialogue entre les peuples et les cultures

Wednesday 19 October 2005, by Prodi Romano

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Madame la Vice-Présidente,

Honorables membres,

Chers invités,

Mesdames et Messieurs,

Il y a deux ans - en mars 2002 - j’ai ouvert, ici à Bruxelles, une conférence sur le dialogue interculturel. Celle-ci avait pour but d’étudier les possibilités et de déterminer les orientations à suivre pour donner un nouvel élan au dialogue entre les cultures - le bassin méditerranéen ayant été choisi comme exemple et domaine d’action.

Ces deux dernières années ont montré combien notre intuition et notre détermination étaient fondées. Nous avons correctement apprécié la nécessité et l’urgence d’un dialogue entre les peuples et les cultures.

Mesdames et Messieurs,

Ce dialogue entre les cultures et les peuples ne s’est jamais fait plus pressant.

Nous n’acceptons aucune baisse de vigilance. Nos réalisations n’ont certes pas toujours été à la hauteur de nos ambitions. Pourtant, nous avons accompli des progrès remarquables depuis mars 2002.

Nous avons mis en place une Fondation euro-méditerranéenne pour un dialogue entre les cultures, dont le siège sera à Alexandrie - ville à l’importance et au symbolisme majeurs pour les civilisations méditerranéennes. Carrefour de la Méditerranée, Alexandrie a toujours été, au fil des siècles, un lieu de rencontre et d’enrichissement réciproque pour les cultures de la région.

Les négociations ont été très longues, parfois même difficiles - compte tenu de l’importance symbolique et politique de cette initiative à l’heure actuelle.

Mais nous n’avons jamais baissé les bras et, finalement, nous avons atteint notre objectif, notamment grâce à l’excellent travail de la présidence irlandaise.

Cette Fondation est le premier exemple d’institution commune, au sein de laquelle le nord et le sud de la Méditerranée peuvent travailler sur un pied d’égalité pour mener à bien des actions conjointes. Elle est le premier exemple d’un nouveau type de partenariat que nous voulons mettre en place par le biais de relations nouvelles, spéciales et toujours plus étroites avec tous les pays de la région.

Grâce à notre politique de bon voisinage - à laquelle nous avons travaillé durement ces cinq dernières années - nous souhaitons faire de la Méditerranée un havre de paix. Nous voulons replacer cette région au centre de notre action politique. Nous voulons également profiter pleinement du dynamisme asiatique, qui pourrait développer la puissance économique de la Méditerranée et en faire une zone d’échanges majeure.

La paix et le développement dans tout le bassin méditerranéen - y compris à Jérusalem, mais aussi à Bagdad - sont essentiels pour parvenir à ce nouvel équilibre mondial qui devient de plus en plus urgent au fil des jours qui passent.

La Fondation est un instrument essentiel pour l’adoption de nouvelles mesures concrètes en faveur du dialogue interculturel. Tous les partenaires euro-méditerranéens doivent à présent contribuer au succès de cette initiative. La première étape consiste à s’assurer que la fondation sera dotée d’un premier budget adéquat.

Il est également capital d’assurer une liberté et une autonomie totales à la Fondation et à tous les acteurs qui participent à ses activités.

Nous avons doté les programmes communautaires (par exemple Erasmus Mundus et Tempus MEDA) d’une nouvelle dimension euro-méditerranéenne majeure, laissant ainsi prévoir, dans une certaine mesure, notre proposition globale en faveur d’une nouvelle politique fondée sur des relations spéciales avec tous nos voisins: la politique européenne «de bon voisinage».

Par ces initiatives, nous tentons de donner à l’aspect humain la place et le rôle qu’il mérite dans le cadre de nos actions dans la région méditerranéenne.

Le Groupe des sages sur le dialogue entre peuples et cultures - que j’ai moi-même créé - a terminé ses travaux.

Des réflexions y ont été menées et des orientations adoptées pour donner un nouvel élan aux relations entre les peuples de la Méditerranée et une forme concrète aux valeurs qu’ils partagent.

Le groupe a élaboré un rapport présentant 20 propositions réparties en trois chapitres, qui mettent l’accent sur:

l’éducation axée sur l’apprentissage de la diversité et la transmission de la connaissance de l’autre,

la mobilité, les échanges et les compétences,

les médias en tant que moyen de promotion de l’égalité, notamment celle des connaissances.

Je saisis cette occasion pour saluer les membres du Groupe des sages présents aujourd’hui — Malek Chebel, Simone Susskind, Bichara Khader, Pedrag Matvejevic et Fatima Mernissi, pour n’en citer que quelques-uns.

Ce n’est pas un hasard si ces personnes ont suivi les travaux du groupe en contribuant de façon majeure aux débats sur des questions aussi passionnantes que:

les réseaux autour de la Méditerranée,

la contribution des femmes et de la société civile,

la citoyenneté et les évolutions sociales en Europe,

les jeunes et la religion.

Dans leurs interventions sur ces questions, plusieurs participants ont apporté une valeur ajoutée à la réflexion politique menée par la Commission sur la signification précise de ce dialogue.

Comme l’a dit Viviane Reding hier, les Européens doivent s’ouvrir de plus en plus à un monde pluraliste et multipolaire où la démocratie et le dialogue sont les garanties de la paix et du respect mutuel.

N’oublions pas non plus la définition du dialogue donnée par José Maria Gil-Robles: le dialogue est une méthode, une voie à suivre - et non une fin en soi.

C’est pourquoi plusieurs intervenants ont affirmé très clairement que notre action doit être axée sur le présent et être de plus en plus interdisciplinaire afin de mobiliser le plus grand nombre d’acteurs possible - le monde politique, la société civile et ceux que la vice-présidente Lalumière nomme les «acteurs du dialogue».

Comme elle l’a souligné, aucun acteur n’est parfait, ni indépendant. Tous sont nécessaires à une approche pluraliste du dialogue dont l’objectif à long terme est de voir apparaître un public euro-méditerranéen.

L’Europe - qui a réussi son unification - a tenu compte de l’appel de Mme Tallawy, Sous-Secrétaire Général des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale, et a mis son expérience à la disposition de la communauté internationale.

Placer l’homme au centre de la prise de décisions politiques, c’est prendre le temps de réfléchir et le temps d’agir.

Le temps écoulé entre des événements tels que la réunion d’aujourd’hui et la mise en oeuvre de mesures concrètes illustre la priorité et l’importance que nous accordons au développement de ce type de relations avec nos partenaires et voisins.

Nous avons profité de ce laps de temps pour placer le dialogue interculturel et la dimension humaine de notre action au centre de notre nouveau projet politique pour l’Union dans les années à venir.

Notre proposition relative aux priorités politiques de l’Union pour 2007 - 2013 vise à faire de la notion de citoyenneté européenne une nouvelle réalité concrète, en offrant aux citoyens l’occasion de réaliser par eux-mêmes la signification concrète de la citoyenneté européenne et de valeurs telles que la liberté, le respect mutuel, la tolérance, l’esprit d’ouverture et la solidarité.

Nous souhaitons atteindre cet objectif par le dialogue interculturel, les contacts interpersonnels, les projets d’échanges de jeunes et la participation à des projets transfrontaliers.

Diverses propositions telles que la promotion et l’extension du service volontaire européen à l’espace méditerranéen s’inspirent clairement du rapport du Groupe des sages.

Nous souhaitons également ouvrir aux participants des pays voisins les nouveaux programmes dans les domaines de l’éducation, de la culture, des médias, de l’audiovisuel et de la jeunesse.

Comme je l’ai dit il y a deux ans, le dialogue interculturel est vide de sens si le principe de l’égale dignité des cultures n’est pas étayé par la reconnaissance de l’égalité des droits de tout individu.

L’engagement en faveur du dialogue et de la coopération est une marque de respect, et non un signe de faiblesse de notre part ou de celle de nos partenaires méditerranéens.

L’engagement de l’Union en faveur du dialogue ne trahit pas un manque de courage ou de conviction chez les Européens, comme certains voudraient le faire croire.

Au contraire, si nous croyons au dialogue, c’est parce que nous respectons les partenaires et les voisins de l’Union et que nous sommes déterminés à rester fidèles à nos propres valeurs.

Nous assistons aujourd’hui à une évolution tragique en Irak et au Moyen-Orient. Celle-ci souligne le caractère futile et vain de toute approche qui tente d’imposer des valeurs par la force des armes.

Les valeurs communes ne peuvent être établies que par le dialogue.

Nous pouvons proposer un système de valeurs partagées. Nous pouvons faire profiter nos partenaires et voisins de notre «soft power».

Mais aucun système de valeurs - fût-il digne de ce nom - ne peut être imposé unilatéralement.

Aucun mur ne peut garantir une réelle sécurité. Pour nous, la paix et la sécurité passent par le démantèlement des murs qui ont été érigés. Elles passent par la promotion de nouveaux types de dialogue et de coopération qui cicatrisent les blessures et mettent fin aux divisions passées entre États et peuples.

La lutte contre le terrorisme exige de la fermeté, car nos valeurs doivent être défendues. Mais elle exige aussi un comportement exemplaire respectueux des valeurs de nos démocraties.

L’Union européenne est l’héritière d’un passé dont elle peut être fière.

Son histoire est faite de paix, de compréhension mutuelle et d’engagement partagé.

Elle est le premier exemple d’une démocratie qui va au-delà des frontières nationales.

Ses procédures sont peut-être lourdes, mais profondément démocratiques. Elles reposent sur le plein gré de tous les États et peuples qui la composent.

Il nous incombe d’offrir notre expérience et notre modèle pour promouvoir la paix et la réconciliation dans les autres régions du monde.

Je vous remercie.

Romano Prodi

Président de la Commission européenne

Bruxelles, le 25 mai 2004

Source : Commission Européenne


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