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Déclaration de Tétouan : « Les nouvelles politiques migratoires , responsabilités et positions »

Wednesday 23 November 2005, by Collectif interassociatif

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Les événements dramatiques vécus entre les mois de septembre et d’octobre 2005 aux abords des villes occupées marocaines de Sebta et Mélilia constituent une claire indication que l’approche fondée sur la volonté d’externalisation de la gestion des flux migratoires de la part de l’Union européenne, et les mesures d’ordre sécuritaire qui l’ont accompagnée, au nord comme au sud de la Méditerranée, a été un échec total.

Ces événements, les premiers du genre dans notre région - qui se déjà traduits par 14 morts, des centaines de blessés, dont certains très gravement, des milliers de refoulements/expulsions dont plusieurs centaines effectués dans des conditions inhumaines, la montée inexorable d’un racisme anti-migrants subsahariens primaire, en plus des centaines de cas de violences graves subis par des migrants subsahariens en partance pour l’Espagne - sont la conséquence directe et inéluctable de l’égoïsme et de la phobie sécuritaire de l’Europe. Ils représentent aussi la résultante des politiques inappropriées, non fondées politiquement et socialement, décidées et appliquées hâtivement par les Etats maghrébins, dont l’Etat marocain, à la demande pressante des pays membres de l’Union européenne, à la tête desquels on retrouve notamment la France, l’Italie et l’Espagne.

Alors que Barcelone 1995 proclamait la création entre l’Europe et l’Afrique du Nord d’une zone partagée de prospérité, de sécurité et de stabilité, Sebta et Mélilia annoncent en 2005 la fermeture et la régression des principes de générosité et de partage des fruits du développement ainsi que le déni de justice et des droits de l’homme africain. Et aussi, à terme prévisible, plus de drames humains et une catastrophe économique, sociale et environnementale majeure sur le continent noir.

Cela est évidemment insupportable moralement, éthiquement et politiquement.

La mondialisation ne doit pas continuer de se déployer au détriment des pays les plus démunis et l’Europe ne peut pas continuer de se développer toute seule à portée de vue d’une Afrique, en proie à de multiples guerres et conflits armés, qui ne souffre pas seulement de la gabegie, de l’autoritarisme et très souvent aussi de l’irresponsabilité de ceux qui la dirigent, mais qui peine également en raison du poids de la dette extérieure qui continue de peser sur elle - bien qu’elle ait été déjà plusieurs fois remboursée - de l’insuffisance des investissements directs étrangers qu’elle reçoit et du transfert de l’essentiel des produits liés à ces investissements vers les pays émetteurs, des subventions agricoles qui protègent les marchés européen et nord-américain et de la main-mise des principaux groupes multinationaux sur la plupart des ressources minières de son sous-sol.

Ce sont tous ces éléments qui perpétuent la pauvreté en Afrique et qui accroissent la pression migratoire qui s’y manifeste, et ce sont ces mêmes situations qu’il faut inverser pour réduire les migrations irrégulières, en éliminant les drames qui s’y attachent, et pour favoriser des échanges économiques et humains plus équilibrés et librement consentis par les uns et par les autres. Etant entendu que migration irrégulière et migration choisie, telle que proclamée par certains pays européens, constituent les deux faces d’une même pièce faite de misère humaine d’un côté et de dépendance démographique de l’autre.

A partir de ce qui précède nous, organisations politiques et de droits de l’homme présentes aujourd’hui à Tétouan dans le cadre de cette journée consacrée à la question migratoire en Afrique, proclamons :

- L’impérieuse nécessité de défendre les intérêts des migrants en situation dite irrégulière et de protéger leurs droits et leur intégrité physique et mentale, conformément aux conventions internationales en la matière telles que signées par les uns et par les autres, aussi bien lorsqu’il s’agit de Marocains que d’autres Maghrébins, que d’Africains originaires de pays situés au Sud du Sahara. Cela notamment pour refonder la libre circulation des personnes comme un des principes essentiels des droits de l’homme.

- Le besoin urgent de réorienter les politiques publiques à ce sujet, tant au sein de l’Union européenne qu’au Maroc et dans le reste des pays maghrébins, pour promouvoir des solutions à la problématique migratoire telle qu’elle se pose aujourd’hui, dirigées vers l’avenir, c’est-à-dire fondées sur une approche économique et sociale, concertée, globale, plutôt que sur des interventions essentiellement de force pure, d’ordre policier et sécuritaire. De ce point de vue, la démarche à prévilégier doit être fondée sur le principe de la co-responsabilité entre l’Europe - principal bénéficiaire jusqu’à aujourd’hui de la libéralisation des échanges économiques et financiers avec le Maghreb et l’Afrique noire -, tous les pays d’Afrique du Nord et l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne de départ, évidemment très fortement concernés par la saignée dont ils sont objet à travers le départ d’une partie de leurs forces vives.

- La nécessité de réorienter les ressources financières du contribuable européen, qui sont aujourd’hui allouées par la Commission européenne aux activités de sécurité et de police, vers des programmes significatifs de développement. Des dépenses raisonnables de sécurité sont bien sûr nécessaires pour lutter notamment contre les réseaux mafieux et de traite des êtres humains qui se sont développés durant de nombreuses années à l’ombre d’une économie parallèle importante, y compris en Europe, mais celles-ci sont absolument contre-productives lorsqu’elles sont engagées comme seule solution à ce que certains qualifient en Europe, et même au Maghreb, d’invasion migratoire.

- Le besoin de construire un Maghreb fort de son intégration économique et d’instances réellement démocratiques - pour améliorer le niveau et le cadre de vie de ses propres populations dont la propension à émigrer irrégulièrement ira en s’atténuant - qui servira alors de relais de développement à toute l’Afrique subsaharienne dont il pourra recevoir et faire vivre dignement un nombre important de migrants, plutôt que d’ériger l’Afrique du Nord, de la frontière maroco-mauritanienne à la frontière libo-égyptienne, en rempart ou en mur avancé de protection de l’espace européen à partir de sa frontière extérieure sud.

- L’obligation pour les Etats d’Afrique subsaharienne de mieux protéger et de mieux défendre leurs citoyens lorsqu’ils prennent le chemin de la migration, et pour les institutions internationales pertinentes de mieux les prendre en charge lorsqu’ils sont obligés à l’exil partout où ils se trouvent, sans égard aux sources de financement de leur action.

- Le besoin pour la communauté internationale d’inscrire la sauvegarde et la démocratisation de l’Afrique parmi ses impérieuses priorités sur le court et le moyen termes, en y mettant les fonds et les instruments nécessaires pour cela et en abrogeant à son égard l’ensemble des mécanismes commerciaux actuels qui ont montré qu’ils ont plutôt aggravé ses maux économiques, financiers et politiques antérieurs.


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