Monday 5 December 2005, by Beaud Stéphane, Pialoux Michel
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Beaucoup ont été surpris par les violences [dites] urbaines des semaines dernières. Ayant publié en 2003 un livre intitulé Violences urbaines, violence sociale (Fayard, 2003) dont le point de départ était une « émeute urbaine » dans la ZUP de Montbéliard, ces événements ne pouvaient pas constituer pour nous une surprise. Les dernières phrases de notre livre évoquaient l’ampleur des discriminations subies par les jeunes Français issus de l’immigration et s’interrogeaient sur les conséquences sociales de l’impossible accès à l’emploi stable pour la majorité d’entre eux. Et le livre s’achevait par ces mots : « autant de bombes à retardement !... ». Il n’était pas besoin d’être devin pour anticiper l’avenir tant la récurrence des émeutes urbaines depuis quinze ans en France s’inscrit dans un « ordre des choses » qui renvoie à des phénomènes structurels tels que : chômage des jeunes non ou peu diplômés, précarisation sans issue, aggravation de la ségrégation urbaine, échec scolaire, paupérisation et déstructuration des familles populaires habitant en HLM, discriminations à l’embauche et racisme ordinaire, etc. Autant de phénomènes qui produisent, à la longue une violence sociale multiforme qui ne se donne pas toujours à voir mais qui, condensée et coagulée, peut éclater soudainement. Il suffit d’un détonateur. Donner un sens à une émeute urbaine, qui produit toujours un effet de surprise, voire de stupéfaction, c’est avant tout mettre au jour cette violence invisible, peu spectaculaire - si bien qu’on n’en parle peu dans les médias - qui, seule, peut expliquer l’espèce de rage autodestructrice qui la caractérise.
Première publication sur le site Liens socio
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